La Compagnie du Kraft perpétue depuis 1930 un héritage inattendu, celui des carnets de liaison des forestiers landais. Nicolas Recoing rachète l'atelier parisien en 2008, au moment où il allait disparaître, pour en faire une manufacture revendiquant son inefficacité. Dans un espace réduit, Philippe, le typographe historique, transmet des gestes datant des années 40, cette lenteur assumée face à l'ultra-consommation. Le cuir de l'Aveyron rencontre le papier kraft naturel de Gascogne dans des carnets entièrement démontables. Rechargeables, réparables, conçus pour traverser le temps sans concession au jetable. Le système de reliure à vis, hérité des carnets de boucher, garantit cette durabilité radicale. La précision millimétrique des coupes de cuir répond à un minimalisme fonctionnel, celui qui libère l'esprit plutôt que de l'encombrer. La Compagnie du Kraft figure dans ce répertoire pour cette approche frontale, ce refus du superflu qui fait de chaque carnet un outil pensé pour durer, se patiner, accompagner.